Article 20 : Oh ! mon bateau !

Cette histoire commence par un coup de téléphone. Un homme recherche une couturière… pour fabriquer une voile de bateau.

Oh là ! Voilà ma curiosité piquée…

Régis, un Marinier de Loire, possède un bateau en bois (très important, car on touche du doigt à l’authentique !!!), qui navigue pour le moment avec un moteur et une bourde (non, non, pas la bêtise ! c’est une perche ferrée servant à manoeuvrer le bateau en prenant appui sur le fond – c’est bon là, je peux reprendre mon récit ??).

Il veut faire fabriquer une voile pour son bateau, dans le but de revenir à un maniement du bateau comme autrefois. Pour cela, il a besoin d’une voile.

Ok, et en même temps, je n’ai jamais cousu de voile. Quel tissu ? Quel fil ? Quels points de piqûre ?… une multitude de questions se bouscule dans ma tête et aussi, une envie folle de réaliser cette création, car le challenge me pique les entrailles. Je suis curieuse de toujours essayer de réaliser des confections que je n’ai pas encore réalisées. Alors, je pose pleins de questions et les réponses me portent vers un milieu que je ne connais pas avec un vocabulaire que je ne comprends pas !!!

Régis parle de ralinguer sa voile, d’une paumelle de voilier pour « coudre », d’étai, de point d’amure, de vergue… bref, je suis larguée (hi ! hi ! le jeu de mot, même pas fait exprès !!!). Je reformule pour bien comprendre.

Bon ok, je tente l’aventure ! Régis doit passer à l’atelier pour que je puisse voir ce qu’il veut.

Les vacances passent et voilà Régis qui débarque à l’atelier (bon, faut que j’arrête avec mon vocabulaire porté marine !!!).

Des énormes ballots de toile de couleur crème en coton et lin pour fabriquer la toile. Le tissu est solide et en même temps pas trop épais. Régis présente un plan avec des mesures et des détails comme des renforts aux angles. J’étudie le plan et me revoilà en mode questionnement… Oui, j’insiste, je veux comprendre ce qu’attend Régis de mes services, et tout cela dans le détail pour être certaine que je peux répondre à son besoin.

Je dessine chaque couture de manière à représenter les épaisseurs des tissus et les piqûres. J’ajoute les dimensions entre chaque piqûre. Il est un peu étonné de cette précision et en même temps, je ne connais pas les points de couture de la marine, donc je dois bien apprendre !!!

Régis m’invite à venir sur son bateau. J’en profiterai pour regarder comment les voiles sont cousues.

Quelques jours plus tard, je retrouve Régis sur les bords de Loire et son ami a démonté sa voile. Je la prends en photo sous toutes les coutures ( !!!). J’ai ainsi des points de repère. Je visualise bien comment est plié le tissu, à quelle distance sont cousues les coutures en bordure… tous ces petits détails dont j’aurai forcément besoin.

J’ai conservé un morceau de tissu pour faire des tests, car je ne suis pas certaine que mes machines pourront coudre ces épaisseurs de toile.

Je me rends chez Nathalie, qui a racheté dernièrement le magasin Belleteste (http://www.claudie-belleteste.com/) et nous faisons des essais de couture avec une de mes machines, une Janome (https://www.nosmachinesacoudre.fr/machines-a-coudre-electroniques/60-janome-8077-jeans-stretch.html), achetée chez Nathalie d’ailleurs !!! Une aiguille cuir est placée sur la machine avec du fil standard. Aucun souci de couture ! Vraiment, trop top ma machine ! Merci Nathalie pour tes conseils dans ce choix de machines à coudre pour mon atelier !!!

Je recherche du fil résistant que j’achète chez Tissus Jaurès, mon fournisseur attitré (http://www.tissusjaures.com/). Régina me conseille de placer le fil résistant en bobine uniquement et pas dans la canette. Le tissu résistant dans la canette boucle et la couture est moche ! Et je dois aussi coudre sur l’endroit ET sur l’envers pour consolider les coutures… Bon des heures de labeur en perspective !

Il ne me reste plus qu’à tester les différentes coutures avec la chute de tissu…

Je coupe des carrés que j’assemble selon les mesures fixées par Régis. Je note les marges de couture, la longueur des points, l’emplacement de l’aiguille sur le tissu, les réglages machine… toutes les informations indispensables pour que je puisse reproduire au fil des jours et à l’identique ces tests présentés à Régis.

Régis étudie les carrés tests, tire sur les coutures, teste la solidité… et sourit. Cela doit vouloir dire qu’il est satisfait. En effet, il valide mon travail et je dois produire la voile le plus rapidement possible, car les Fêtes de Loire (https://www.tourismeloiret.com/fr/decouvrir/teste-pour-vous/embarquez-pour-le-festival-de-loire) vont bientôt commencer et Régis voudrait présenter sa nouvelle voile. Du travail l’attend pour ralinguer sa voile…

Plus de 22 heures seront nécessaires à la réalisation de cette voile de bateau ! Et en même temps, j’ai pris tellement de plaisir que je vais vous narrer tout cela !!!

Tout d’abord découpe des toiles aux formats des trois morceaux de la future voile. Pas facile de manier des coupons de tissus qui font plusieurs mètres de long. Ça glisse sur les tables de coupe. Maman vient m’aider pour dimensionner mes trois mini-voiles. Je les nomme M1, M2 et M3.

Je commence par fabriquer les renforts des angles de la voile, car à cet endroit, des œillets seront posés et la voile ne doit pas se déchirer. Pour me faciliter la tâche, je couds deux tissus avec deux côtés à angles droits et le troisième en forme arrondi. Je crante et je retourne. Ces pièces seront ensuite cousues aux angles, mais pas au bord, en retrait car il y a 10 centimètres d’ourlet.

Edith de Philomène Brodsac (https://www.facebook.com/philomenebrodsac/) brode sur un renfort mon nom et celui de l’atelier ! Régis veut bien que je laisse ma trace sur sa voile ! Top ! Merci Régis !

Puis, je m’attaque aux M2 et M3, deux morceaux de 2 mètres 70 de longs sur 1 mètre 35 de large. Je dois d’abord reprendre mes marges de couture, car comme Régis veut poser des œillets, les coutures ont des dimensions particulières et les marges de couture vont de 5 à 10 centimètres. Les coupons ne restent pas en place sur les tables. Ça glisse ! ça tombe ! ça pend ! ça ne reste pas en place et je galère… La couture comprend 5 piqûres différentes. Et rappelez-vous, je dois coudre une fois sur l’endroit du tissu et une nouvelle fois sur l’envers. Cela fait donc 2m70 que multiplient 5 piqûres sur deux côtés, soit plus de 10 mètres de couture… C’est parti ! Le plus difficile est de gérer les 1m35 de toile dans l’ouverture de la machine, 1m35 à passer tout au long de la couture dans le bras de la machine… Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage… !!!

Maintenant que j’ai M2 et M3 accrochés ensembles, je me promène avec une voile de 2m70 au carré, vous imaginez le poids, l’encombrement… Je me fais les muscles à chaque fois que je dois la déplier ou la replier ou la déplacer ! Pas besoin de salle de musculation, je vous le dis !

Allez, je passe à M1, qui doit être placée sur le haut de M2-M3. Pour positionner mes tissus, je demande l’aide de Ouiem, la fille de Marouen, le commerçant d’à côté, CFA Multiservices (https://www.facebook.com/CFAmultiservices. Repérer mes marges de couture, épingler, bâtir et c’est reparti pour 6 piqûres sur 2m70 endroit et envers, soit plus de 32 mètres de couture… Faut faire gaffe de pas s’endormir sur la machine ! Les coutures sur l’endroit, ça va, car j’ai mes repères sur le tissu. Mais les coutures sur l’envers, je dois piquer exactement sur les piqûres existantes. J’ai les yeux qui se croisent, croyez-moi !!! Désormais, ma voile mesure 2m70 sur 3m70.

Il reste les ourlets, le plus simple car je ne fais que tourner autour de l’énorme rectangle de tissu ! C’est parti pour trois piqûres sur tout le périmètre de la voile. Je vous laisse calculer le métrage… Bon, ça y est ??? Non !! Ben alors, je pose l’équation, cela sera plus simple : [(3,70 x2 côtés) + (2,70×2 côtés)] x (3 piqûres x 2 envers et endroit) = 76.8 mètres à coudre.

Il me reste à informer Régis que la voile sera terminée le lendemain. Il est ravi.

La nuit se passe et j’arrive à l’atelier et qui vois-je ouvrir la porte ??? Régis, qui ne devait passer que le soir pour récupérer sa voile ; non, trop pressé de la voir !!! Il repassera quand même le soir pour prendre livraison. La réalisation lui convient et il est très content de pouvoir commencer sa part du travail, car la voile n’est pas finie… Non, non ! ! Il doit encore poser des œillets et ralinguer (c’est-à-dire coudre un cordage tout autour de la voile). Lui aussi se promet de belles heures de travail !!!

En résumé, j’y ai passé plus de 22 heures ! J’ai piqué plus de 140 mètres et ma machine a résisté. Trois bobines de fils de 200 mètres et deux aiguilles cuir ont nécessaires à cette confection très spéciale. J’en ai rêvé (cauchemardé ??) pendant quinze jours. Je me suis remise en question, j’ai cassé les pieds à beaucoup de monde pour trouver des renseignements, des solutions à mes coutures… Et en même temps, j’ai réussi. Je suis arrivée au terme de ce travail et j’en suis fière. Pas de la fierté mal placée, juste le plaisir d’avoir relevé ce défi et d’être parvenue à livrer ce que Régis voulait. Je mettrai en ligne des photos du bateau, je vous promets. Pour le moment, je vous laisse imaginer… Et vogue le bateau sur notre belle Loire !!! J’ai trop hâte que la voile se gonfle et porte le Cyré vers de beaux horizons…